"Bretons de Coeur" mais "Français par Raison"

C'est sa propre histoire qui a fixé la personnalité de la Bretagne.

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Les bretons sont venus de Grande Bretagne ou du fin fond de l'Europe,
et se sont forgé une identité sur cette presqu'île. 
Ils leur a fallu batailler dur contre tous les envahissuers sucessifs. 
Les Celtes, par exemple, ont envahi l'Armorique,
venant des lointaines plaines de l'Europe, vers 500 avanrt J.C.
Beaucoup plus tard, en 851 après J.C. Charles le Chauve, roi de France,
fit la guerre contre les bretons, et finit par signer avec eux,
à Angers, un traité qui est considéré par les historiens,
comme l'acte de naissance du royaume de Bretagne, 
dans les limites géographiques qui vont demeurer les siennes jusqu'en 1941.

Même les rois de France craignaient 
le drapeau frappé de noir et de blanc des bretons.

Mais la Bretagne est toujours convoitée par ses puissants voisins,
la France et L'Angleterre.
Finallement, c'est la fille d'Anne de Bretagne et de Louis XII, Claude,
épouse de François d'Angoulème, le futur François Ier, 
qui scelle définitivement le destin de la Bretagne à celui de la France. 
Elle fait donation du duché de Bretagne à son royal mari.

La Bretagne devient alors une province du royaume de France,
sous respect des anciens privilèges.
Nous sommes en 1532.

La langue bretonne

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Chants et poèmes traditionnels retracent l'histoire de la langue,
qui, elle-même, fait l'histoire du peuple qui la parle.


Voilà plus de deux millénaires que la Bretagne entretient
l'héritage des Celtes antiques à travers son langage :
le breton à l'ouest, le gallo à l'est.
Le Celtique primitif s'est fragmenté en une infinité de dialecte,
longtemps restés assez proches pour qu'il soit possible 
de se comprendre de chaque côté de la Manche.
Le breton garde aujourd'hui des similitudes avec le gaulois éteint du VII° siècle.
Son vocabulaire s'enrichit d'images nuancées,
d'une abondance de tournures pour désigner les animaux,
les plantes, les choses de la terre comme de la navigation, les sentiments,
et spécialement l'amour et la mort. 
Le breton mettra aussi dans ses noms propres ses rêves,
ses ambitions, ses désirs, souvent liés au symbolisme guerrier. 
Les noms de famille auront gardé la saveur du XII° siècle qui les a vus naître.
Tout en sonorités rocailleuses, mélange d'anglais chuinté et d'allemand guttural,
le breton résiste et s'affaiblit sous le poids de la modernité. 
Depuis la III° république, le français s'est imposé dans les écoles. 
Près de 700.000 bretons parlent toujours la langue de leurs pères,
surtout dans les Côtes-d'Armor et le Finistère.

On l'enseigne à Rennes et à Brest, où plus de 1000 candidats passent chaque année, 
une épreuve de breton au Bac, et plus de 800 l'examen en gallo.

La Découverte ou l'Ignorance

"On ne naît pas breton, on le devient,
à l'écoute du vent,
du chant des branches,
du chant des hommes de la mer".
Xavier Grall (1930 - 1981).

Dans La découverte ou l'Ignorance,
le groupe TRI YANN reprenait un texte de Morvan LEBESQUE,
tiré de son livre "Comment peut-on être breton?"
Essai sur la démocratie française" 1970 - Coll Points - Seuil.

Le livre est essentiellement axé sur la revendication bretonne 
et dénonce les nombreuses humiliations et injustices subis par les Bretons.
Morvan Lebesque commence par décrire ce qu'implique pour lui 
le fait d'avoir des origines bretonnes et la façon dont ses origines 
lui ont valu une foule de railleries et de moqueries de la part de ses contemporains. 
Il explique également comment à l'âge de quatorze ans, il se découvre le cœur à gauche 
et expose les raisons qui justifient ce choix politique. 

Dans le troisième chapitre, Lebesque révèle comment le peuple breton 
fût pendant très longtemps privé de la connaissance de son histoire 
car la langue bretonne et l'enseignement de l'histoire de la Bretagne 
étaient deux matières interdites dans les écoles de son enfance. 
Certains enseignants de l'époque allaient même jusqu'à accrocher un sabot percé d'un trou 
ou tout autre objet au cou du pauvre enfant coupable d'avoir laissé échapper un mot de breton. 
Morvan Lebesque consacre donc ce chapitre à l'histoire de la Bretagne.

Dans le quatrième chapitre, Lebesque explique de quelle façon 
la Bretagne fut reléguée au rang de simple colonie dans l'Hexagone 
et expose les mécanismes politiques et économiques qui ont maintenu 
les Bretons dans l'aliénation et dans une grande misère matérielle. 

Le sixième chapitre traite du réveil breton et retrace le parcours 
de différentes organisations révolutionnaires bretonnes 
et de leurs actions dont l'organisation secrète " Gwenn Ha Du ". 
Il parle aussi de la fondation du parti autonomiste breton " Strollad Emrenerien Vreiz " 
et de son journal " Breiz Atao ". 

Lebesque termine son livre sur une note d'espoir et propose une façon de vivre en France 
où chaque minorité ethnique aurait droit à la reconnaissance de sa culture 
et pourrait bénéficier d'un enseignement de qualité dans sa langue spécifique. 
Mais Lebesque n'est pas dupe et se traite lui-même de rêveur et d'utopiste.
Extraits de Morvan Lebesque

"Le breton est-il ma langue maternelle ? 
Non, je suis né à Nantes où on ne le parle pas.
Est-ce que je le parle? 
Rarement et pas assez bien pour l'écrire.
Suis-je même breton? 
Vraiment je le crois, et m'en expliquerait. Mais de "pure race"?
Qu'en sais-je, et qu'importe?
Vous n'êtes donc pas raciste? Ne m'insultez pas !
Séparatiste? Autonomiste? Régionaliste? Tout cela et rien de cela. Au delà!
Mais alors nous ne comprenons plus : qu'appelez-vous être breton? Et d'abord pourquoi l'être?
Question nullement absurde.
Français d'état civil, je suis nommé français.
Mon appartenance à la Bretagne n'est en revanche qu'une qualité facultative 
que je puis parfaitement renier ou méconnaître.
Je l'ai d'ailleurs fait. J'ai longtemps ignoré que j'étais breton. Je l'ai par moments oublié. 
Français sans problème, il me faut donc vivre la Bretagne en surplus, ou pour mieux dire, en conscience :
Si je perd cette conscience, la Bretagne cesse d'être en moi.
Si tous les bretons la perdent, elle cesse absolument d'être.
La Bretagne n'a pas de papiers, elle n'existe que dans la mesure où,
à chaque génération, des hommes se reconnaissent bretons.
A cette heure, des enfants naissent en Bretagne. 
Seront-ils bretons? Nul ne le sait.
A chacun, l'âge venu,
la découverte, ou l'ignorance."

Voici également un autre extrait tiré du même ouvrage :

"Le maître d'école, lui, ne connaissait que la vérité de son temps, 
et elle lui commandait d'écraser pour leur bien la personnalité ethnique de ses élèves. 
Il en avait d'ailleurs reçu la consigne formelle. Dès 1845, le sous-préfet de Morlaix 
commence par ces mots son adresse aux instituteurs du Finistère :
"surtout, rappelez-vous Messieurs, que vous n'êtes établis que pour tuer la langue bretonne" (...). 
Quelles méthodes ? (...) : "favoriser par tous les moyens l'appauvrissement et la corruption du breton 
jusqu'au point où d'une commune à l'autre on ne puisse plus s'entendre." (p. 96-97)

"La langue bretonne peut, comme toutes les autres langues, véhiculer toutes les idées, 
y compris les plus révolutionnaires" (p.102) 

Morvan Lebesque

La Chouannerie:
Une insurrection au cri de la chouette

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En février 1793, l'annonce par la Convention de la levée en masse 
de 300.000 hommes pour faire face à la menace extérieure qui pèse sur la Révolution, 
provoque l'insurrection quasi générale de la Bretagne.

Les causes de cette révolte sont multiples.
Bien sûr, on a évoqué le fort attachement des Bretons à l'Eglise et au Roi,
mais, malgré le choc que certains d'entre eux éprouvèrent,
lors de la constitution civile du clergé, puis à l'annonce de la mort du roi, 
ces faits ne leur firent pas prendre les armes.

En revanche, il est certain que l'annonce de ce service militaire révolte les bretons,
qui ne veulent pas servir en dehors de leur province. 
Le traité de 1532, stipulait que la France ne pouvait prétendre
à une levée d'hommes dans la péninsule. 
Par ailleurs, la Révolution provoque une importante augmentation d'impôts,
toujours source de mécontentement.
Et la suppression de la Gabelle ruine tous les contrebandiers
qui vivent du trafic du sel.C'est lun d'entre eux, Jean Cottereau, surnommé Jean Chouan, 
parce qu'il alerte ses compagnons d'un danger en imitant le cri de la chouette, 
qui va laisser son nom à cette révolte bretonne.
L'insurrection populaire est surtout le fait des campagnes
et se déroule essentiellement en haute Bretagne. 
Elle se développe parallèlement à l'insurrection de Vendée,
mais n'aura jamais son caractère organisé et unitaire.
La chouannerie désigne en fait de nombreuses et petites organisations
qui agissent sur un territoire limité en totalisant tout de même plusieurs milliers d'hommes.
Elles attaquent les villes, harcèlent les autorités municipales,bataillent en rang serrés
contre les gardes nationaux ou simplement les rançonnent, et pillent les convois. 

Certes, en décembre 1793, les chouans se joignent à l'armée vendéenne,
mais la défaite de Savenay, et, par la suite, 
les expéditions de "colonnes infernales" rendent les révoltés moins hardis.
Cependant, la guerre d'escarmouches reprend. 
En 1794, une paix est signée entre certains chefs chouans
et le pouvoir révolutionnaire. 
D'autres reprennent les armes, au moment où une armée d'émigrés tente,
en vain, de débarquer dans l'île de Quiberon. 
L'exécution du chef vendéen Charette, en mars 1796,
est suivie d'une victoire des chouans. 
En juillet, pourtant, ils sont obligés de signer un accord mettant fin aux hostilités.

Une nouvelle insurrection est décrétée par Cadoudal, en 1797
et après bien des coups de main, les chefs chouans sont contraints 
de signer la paix avec le nouveau pouvoir impérial. 

La chouannerie, définitivement étouffée, connaîtra un bref soubresaut pendant les Cent Jours.